Comment envisagez-vous les conséquences du Brexit pour l’économie belge ?
 

Azelio Fulmini : « D’un point de vue économique, c’est un changement important avec des effets délicats à gérer, par exemple pour les marchés financiers ou les secteurs alimentaire et des assurances. Mais objectivement, il s’agit là d’un choc économique comme une autre ! Et un choc est toujours à double facette : il engendre des problèmes, mais dévoile des opportunités. Le Brexit n’est pas le problème en soi. Ce qui l’est, c’est la manière dont il aura lieu... ou non ! »

 

C’est-à-dire ?
 

A. F. : « Si le Royaume-Uni maintient sa décision de sortir au 29 mars 2019, le planning prévu pour les négociations et les prolongations est fort improbable. Il y aura sans doute des prolongations sous la forme de périodes de transition. Avec un tel calendrier, il est en effet quasiment impossible de modifier plus de 10 000 actes, directives, règlements et décisions pour le marché intérieur et plus de 130 conventions internationales qui lient l’UE et ses États membres avec des organisations internationales ou des États tiers. Dans le cadre du Great Withdrawal Bill, le Royaume-Uni souhaite garantir la continuité pour les entreprises et les citoyens, en stipulant que les normes actuellement prévues dans la législation européenne seront maintenues, alors que la législation elle-même ne sera plus valable. Ils ne sont pas les seuls à le souhaiter. Bien que des périodes transitoires diverses, parallèles, par acte, norme, contrat, existant au moment du Brexit, sont à prévoir. »

 

Au niveau du commerce extérieur, quels seront les secteurs d’activité les plus impactés ?
 

A. F. : « Le Royaume-Uni est le quatrième partenaire commercial de la Belgique. Des secteurs comme l’alimentation, les transports, la chimie et la pharmacie sont très importants dans nos relations avec ce pays. Ceci vaut non seulement sur le plan commercial, mais aussi pour les projets communs en R&D, les secteurs des droits intellectuels et d’exclusivité, des marques, de la circulation des composants dans les chaînes de production et les synergies intragroupes ou sectorielles. Le port de Zeebrugge, par exemple, tire 40 % de son chiffre d’affaires de ses liens avec le Royaume-Uni. »

 

Comment les entreprises peuvent-elles se préparer au mieux aux changements à venir ?
 

A. F. : « Il ne faut pas sous-estimer le fait que les négociations seront complexes, avec éventuellement la possibilité de revirements, d’exceptions et de surprises à la clé. Actuellement, beaucoup d’incertitudes persistent. Il faut donc suivre les négociations, participer à des groupes de travail, se tenir constamment informé via des sources spécialisées. Ce n’est qu’ainsi qu’il sera possible de faire les meilleurs choix pour son propre secteur ou sa propre entreprise. La seule certitude actuelle, c’est que nous avons devant nous une période de transition de deux à quatre ans. Il n’est pas à exclure que nous puissions être confrontés à un « hard Brexit » ou qu’il puisse y avoir des règles spécifiques pour certains secteurs. »

 

En quoi un cabinet tel que le vôtre peut-il aider les entreprises ?
 

A. F. : « Il est très important de se référer à des cabinets spécialisés parce que toutes les formes d’informations et de recherches prévisionnelles seront très utiles. Ceci s’applique non seulement aux activités existantes, mais aussi aux nouvelles initiatives qui commencent déjà à se manifester en prévision de la situation future. Pour avoir travaillé avec elles au cours des années écoulées, nous connaissons très bien les institutions et leurs processus internes traditionnels. Nous sommes capables de lire entre les lignes et de prévoir beaucoup plus facilement les évolutions, prévisibles au vu des processus décisionnels. En tant que cabinet de taille moyenne, nous pouvons donner aux entreprises des réponses d’artisan, sur mesure. En tout état de cause, il n’y aura pas de réponse unique pour toutes les entreprises… Chacune aura la sienne ! »

 

Gérer le Brexit, c’est donc aussi prévoir l’imprévisible ?
 

A. F. : « Oui… mais avec créativité et positivité ! Si je puis me permettre, le pathos politique est compréhensible parce que la décision anglaise est difficile à accepter. C’est un moment très délicat, mais cela pourrait être aussi un moment de relance. Tout changement est une situation à plusieurs facettes ; des opportunités vont aussi se profiler. Le Royaume-Uni quitte l’UE - c’est fort dommage - mais l’Europe reste là ! Il restera un partenaire commercial important. Une entreprise intelligente pourrait profiter de cette nouveauté pour améliorer sa position. En matière de commerce extérieur, la Belgique jouit d’une position très forte à l’échelon mondial. Par exemple, pour un producteur qui a des contrats de distribution exclusifs dans le monde entier, le Brexit constitue une occasion de mettre à jour ces contrats. Bon nombre de ceux-ci ont été pensés et souscrits dans les années 70 et 80. Le monde était alors très différent d’aujourd’hui ! »