A quoi l’entreprise doit-elle porter attention en cas d’aménagement d’espaces de travail ?
 

Marc Poll : « L’entreprise, en l’occurrence maître d’ouvrage, doit se comporter effectivement comme tel, donc rester maître du jeu. C’est à elle, et non à l’architecte, de concevoir les futurs espaces de travail et de décider quels en seront le contenu et le fonctionnement. L’architecte a ici un rôle de conseil ; il apporte son expertise et sa maîtrise dans l’organisation des espaces. Prenons l’exemple d’une entreprise peu hiérarchisée, où le maître d’ouvrage souhaite que cela s’exprime au travers des aménagements. Le problème survient quand ce maître d’ouvrage tient, d’un côté, un discours sur une certaine convivialité des futurs espaces de travail et, de l’autre, garde en tête quelque chose de relativement hiérarchisé et contrôlé. Ici, l’architecte doit intervenir pour que le maître d’ouvrage clarifie ses intentions. »

 

D’autres soucis peuvent-ils apparaître ?
 

M. P. : « Oui. Par exemple, j’ai parfois été approché pour des projets où dominait plutôt le sentiment de projeter une certaine image et une certaine esthétique. C’est légitime, mais un projet d’aménagement ne se résume pas à cela ! Si votre aménagement est superbe, mais que les travailleurs ne s’y sentent pas bien ou n’y collaborent pas de manière pertinente et efficace, vous passez à côté de l’essentiel ! »


 

Quelles sont les obligations des architectes vis-à-vis des maîtres d’ouvrage ?
 

M. P. : « Il n’y a aucune obligation spécifique liée à la fonction d’espace de travail. Mais il y a toutes les responsabilités habituelles, comme la garantie décennale pour un bâtiment neuf. Il y a aussi une obligation morale de moyens à mettre en oeuvre pour les architectes, mais pas d’obligation de résultat. La réglementation impose de recourir à une demande de permis d’urbanisme dans certains cas précis : changement d’affectation d’un lieu, modifications structurelles à l’intérieur d’un bâtiment ou de son aspect extérieur, etc. Cette demande de permis est effectuée par l’architecte. »

 

Quelles sont les tendances actuelles en matière d’aménagement de bureaux ?
 


La tendance la plus importante est à la création d’espaces où plus personne n’a son propre bureau.
 

M. P. : « La plus importante, surtout en Flandre, est à la création d’espaces où plus personne n’a son propre bureau. Les plateaux offrent jusqu’à une dizaine de dispositifs de travail de natures différentes : de petites tables de travail fermées sur trois côté pour pouvoir se concentrer, des tables plus ouvertes, des espaces avec des fauteuils plus confortables, des espaces fermés pour le travail nécessitant plus de confidentialité, etc. En fonction de sa tâche de travail, l’employé choisit l’espace le plus pertinent. »

 

Et du point de vue du son, de l’éclairage et de la chaleur ?
 


C’est en effet dans les couloirs que les gens se rencontrent et ont l’occasion d’échanger, de nourrir de nouvelles idées pour faire avancer les choses.
 

M. P. : « Le confort acoustique est peut-être le point le plus crucial pour assurer un certain succès. Tout comme l’éclairage, c’est là une matière extrêmement compliquée à gérer. Certaines personnes sont très sensibles aux bruits. Même chose en matière d’isolation thermique : certaines personnes se plaignent parfois de courants d’air que d’autres personnes ne sont pas capables de détecter. Côté lumière, l’utilisation d’ordinateurs conditionne fortement les éclairages ; il faut éviter les phénomènes gênants de réverbération sur les écrans. »

 

Au cours de votre carrière, un projet d’aménagement vous a-t-il particulièrement marqué ?
 

M. P. : « Il y a une vingtaine d’années, j’ai travaillé sur un projet pour une entreprise de direct marketing qui employait une vingtaine d’informaticiens et une vingtaine de personnes issues de tous les horizons : historiens, sociologues, philosophes, etc. Je me suis rendu compte que les couloirs étaient la partie la plus importante des lieux que nous devions réaliser. Fonctionnellement, l’architecte peut concevoir des couloirs de 1,2 mètre parce que c’est suffisant pour y circuler, mais alors on passe complètement à côté de l’importance de créer des lieux favorables à certaines expériences. »

« C’est en effet dans les couloirs que les gens se rencontrent et ont l’occasion d’échanger, de nourrir de nouvelles idées pour faire avancer les choses. Dans le même ordre d’idée, je viens de terminer un projet où nous avons carrément créé une rue verticale à l’intérieur du bâtiment. Cet espace, qui regroupe les escaliers et les ascenseurs, est complètement dilaté par toutes sortes de petits coins de rencontres. L’entreprise interdit d’ailleurs aux collaborateurs de prendre leur café seuls dans leur propre espace de travail ; si on en veut, il faut se rendre dans la rue intérieure ! Dans ce projet, le maître d’ouvrage s’est montré extrêmement conscient de toutes les plus-values de ces contacts informels. »