Quel a été votre parcours avant de vous lancer dans l’aventure du parc Pairi Daiza ?

Éric Domb : « J’ai étudié le droit, car il fallait bien faire des études supérieures pour faire plaisir à papa et maman. J’ai ensuite fait mon stage d’avocat durant trois ans, au barreau de Bruxelles. Puis, j’ai été engagé comme employé dans un cabinet d’audit et de conseils fiscaux. Mais, jusque-là, aucune de ces expériences ne fut très concluante pour moi ; ma vie professionnelle n’était alors, en quelque sorte, qu’une succession d’échecs, soit parce je faisais mal mon travail, soit parce cela ne me rendait pas heureux. »

À quoi attribuez-vous cela ?

É. D. : « D’abord au fait que j’ai fait des études sans passion particulière, et ensuite un métier d’avocat sans avoir le feu sacré. Quand on ne l’a pas, on n’est pas très performant. En effet, j’ai besoin d’avoir la flamme pour bien faire les choses, pour déclencher mes tripes et mes capacités intellectuelles. Le métro-boulot-dodo ne me convient pas. Par la suite, avant de lancer Paradisio (devenu Pairi Daiza), j’ai monté une petite société de conseil juridique comptable et financier pour des petits patrons. Là, vu que, d’une part, j’avais de bonnes bases juridiques et comptables et, d’autre part, je m’intéressais aux petits entrepreneurs - qui constituent plus de 80 % des patrons en Wallonie, j’ai pu commencer à faire du bon boulot, avec l’aide de mon associé. En dépit de cela, je considère encore aujourd’hui cet épisode comme une forme d’échec, tout simplement car ce job ne me rendait pas fondamentalement heureux. Je me sentais trop loin de la vraie vie que je voulais mener moi aussi : celle d’entrepreneur ! »

Qu’est-ce qui déclenche la passion, le goût d’entreprendre chez vous ?

É. D. : « Le besoin de se réaliser personnellement, tout en se rendant utile aux autres. Se réaliser personnellement signifie faire quelque chose qui correspond réellement à votre identité profonde, mais que vous découvrez au fur et à mesure de vos expériences. Je n’ai pas su tout de suite ce que je voulais faire, j’ai procédé par échecs et par erreurs ; au début, j’ai ouvert un certain nombre de portes qui se sont assez brutalement refermées sur moi. Puis, un peu par le fruit du hasard, j’ai découvert un domaine à l’abandon : l’ancienne abbaye cistercienne de Cambron-Casteau, dans le Hainaut, où j’ai compris, en un instant, que j’avais trouvé le lieu où j’allais pouvoir m’exprimer et me réaliser pleinement. Ce fut le début de l’aventure Pairi Daiza. »

À vos yeux, pourquoi n’y a-t-il pas assez d’entrepreneurs en Belgique ? Est-ce plus difficile qu’ailleurs ?

Je ne suis pas convaincu qu’il est plus difficile d’entreprendre en Wallonie qu’en Flandre, ou qu’ailleurs dans le monde. En outre, je pense qu’il est plus facile de se lancer aujourd’hui que lorsque j’ai commencé Paradisio, il y a 24 ans.

É. D. : « Je ne suis pas convaincu qu’il est plus difficile d’entreprendre en Wallonie qu’en Flandre, ou qu’ailleurs dans le monde. En outre, je pense qu’il est plus facile de se lancer aujourd’hui que lorsque j’ai commencé Paradisio, il y a 24 ans. Bien sûr, le coût du travail et la fiscalité restent des problèmes, mais ils sont accessoires à mes yeux ; le problème principal est culturel : en l’occurrence, le manque d’esprit d’entreprise et le manque d’ambition. »

Que faire pour changer les choses ?

É. D. : « D’abord, les entrepreneurs devraient avoir plus l’opportunité de témoigner du bonheur d’entreprendre. Ensuite, la société, dans sa globalité, devrait mieux prendre conscience que son avenir dépend réellement des entrepreneurs, que ceux-ci ont une utilité de premier plan. C’est une évidence : pour financer les besoins de la société, il faut de l’impôt et pour obtenir de l’impôt, il faut des entrepreneurs. Pour créer des emplois et des revenus, il faut aussi des entrepreneurs. Ce sont eux qui prennent les risques qui bénéficient au plus grand nombre de personnes. Cette perception n’est pas encore suffisamment partagée par la population. Le problème culturel est précisément là. »