Claudio Truzzi, docteur en ingénierie microélectronique et coordinateur du programme icity.brussels à l'ULB, fait le point.


 

Comment le programme icity.brussels participe au développement de l'industrie 4.0 ?

« Tout d'abord, ce programme s'étale sur cinq ans et a commencé début 2016. II est financé par deux bailleurs de fonds : le FEDER (Fonds européen de développement régional) et le fonds régional Innoviris (Institut bruxellois pour la recherche et l'innovation). Notre programme transversal a obtenu environ 10 millions d'euros et concerne les deux universités de la Région Bruxelles-Capitale, l'ULB et la VUB ainsi que le centre de recherche Sirris. Notre mission est d’aider les entreprises bruxelloises à trouver plus facilement l’expertise en développement pour leurs projets d’innovation numérique (intelligence artificielle, cybersécurité, objets connectés). »

« Notre but est d'augmenter les collaborations innovantes entre laboratoires de recherche et entreprises. Nous aidons ces entreprises dans leur démarche d’innovation, en les accompagnant aussi dans la recherche de subsides pour financer ces collaborations. Aujourd'hui, nous travaillons avec 25 équipes universitaires des deux universités sur environ 40 projets pour un total de 25 millions d'euros. »

 

Pouvez-vous nous donner des exemples de projets d'industrie 4.0 initiés conjointement par les laboratoires de recherche et des sociétés de la Région ?

« Dans le domaine de l'industrie 4.0 il y a deux projets de maintenance prédictive. Sur les chaînes de production, la maintenance traditionnelle consiste à arrêter les machines toutes les x semaines afin de s'assurer de leur bon fonctionnement. Avec la maintenance prédictive, des capteurs placés sur la machine préviendraient à l'avance d'une possible défaillance. Un autre projet concerne la sécurité des objets connectés. »

L’industrie 4.0 se situe à la croisée des besoins en extrême personnalisation et extrême massification des produits.

« Dans cinq ans, nous serons tous entourés d'appareils connectés. Les smartphones sont déjà bien protégés mais les nouveaux objets ne le sont pas encore. Si on ne fait rien, on risque d'exposer nos infrastructures industrielles aux attaques de hackers via les failles des capteurs connectés. Nous travaillons sur un projet de cybersécurité qui vise justement à répondre à ce type de problématiques. »

 

Pouvez-vous nous expliquer ce qu'est, concrètement, l'industrie 4.0 ?

« L'industrie 4.0 est le point de convergence de l'intelligence artificielle, des objets connectés, de l'impression en 3D et des lignes de production traditionnelles. Alors que ces nouvelles possibilités s’appliquent bien entendu aux lignes de production traditionnelles, l'industrie 4.0 permet aussi et surtout la customisation d'un produit de masse à bas prix. »

 

Qu'est-ce que cela signifie ?

« Aujourd'hui, soit on va chez un artisan et on achète une pièce sur-mesure qui peut coûter cher, soit on achète une pièce issue de la production de masse, à bas prix mais identique à celle du voisin. Nous avons le choix entre l'extrême personnalisation ou l'extrême massification du produit. Entre les deux, il y a cette partie de l'industrie 4.0 qui permet de produire à moindre échelle et aussi à moindre coût une pièce personnalisée pour le client, en utilisant l'impression 3D par exemple. »

 

Qu'est ce qui fait que Bruxelles peut profiter de ce créneau ?

« Bruxelles ne peut pas accueillir sur son territoire de grosses lignes de production. Il n'y a pas assez d'espace et le prix de l'immobilier est élevé. Cependant, pour produire une pièce personnalisée en quelques centaines d'unités, l'entrepreneur a seulement besoin de quelques petites machines qui ne prennent pas trop de place. Cela peut donc être très intéressant à Bruxelles. »

Bruxelles ne peut pas accueillir sur son territoire de grosses lignes de productions. Il n'y a pas assez d'espace et le prix de l'immobilier est élevé.

« Ainsi, contrairement à la Wallonie, la Région bruxelloise est plus axée logiciels que mécanique et robotique. En revanche, un projet de logiciel novateur permettant aux robots de communiquer entre eux et de prendre des décisions de façon décentralisée est en cours. »

« La Région est également avantagée par la récente mise en place d'une véritable stratégie digitale qui s'articule autour de plusieurs acteurs : hub.brussels, l'acteur institutionnel et son cluster Software (réseau de sociétés), un incubateur et lieu de formation qui est DigitYser, ICAB, le nouvel incubateur qui verra le jour à USquare, justement dédié à l’industrie 4.0 et bien entendu, les universités via notre programme icity.brussels. La digitalisation constitue l'un des trois axes stratégiques de développement régional avec la santé personnalisée et l'économie circulaire. »

 

Que pouvez-vous nous dire sur la 5G ?

« C'est très intéressant et nécessaire car sans 5G les voitures ne seront jamais autonomes. La 5G permettra la localisation des objets au mètre près en multipliant la précision par 50. Les voitures pourront se déplacer en étant plus proches les unes des autres. Tous ces nouveaux outils sont porteurs d'énormes promesses. »