Comme nous l’expliquent David Valentiny et Frank Maene, respectivement CEO d’Engine et Managing Partner de Volta Ventures, trop peu d’entre elles passent à l’étape de la croissance.



Quel est le défi majeur des startups wallonnes ?

David Valentiny : « En 2017, la Wallonie n’était responsable que de 8 % des levées de fonds en Belgique. Si de plus en plus d’entrepreneurs se lancent, peu entrent dans des dynamiques d’échelle pour grandir. Seules 3 à 4 % des startups atteignent la phase de scale-up. C’est un blocage culturel qui, espérons-le, disparaîtra : nous n’avons pas seulement besoin de créateurs, mais aussi de conquérants pour rendre le modèle soutenable et obtenir un impact économique. »

 

Comment remédier à cette situation ?

D. V. : « Il faut offrir un accompagnement autre que lors de la seule phase de lancement du projet. Via notre programme Reaktor, nous aidons les entreprises à croître, soit lorsqu’elles s’y préparent soit lorsqu’elles sont déjà en phase de croissance. Notre expertise porte sur plusieurs thématiques et répond à diverses questions : comment approcher et négocier avec des investisseurs ? Quels sont les aspects légaux ou en termes de comptabilité, de finances et de ressources humaines ? Comment établir une stratégie de prix ? Comment améliorer sa visibilité sur le web ? Comment sélectionner les membres d’un conseil d’administration ? Etc. Globalement, nous préparons aussi les entreprises à procéder à des levées de fonds de type série A, à concurrence d’un million d’euros environ. »

 

Comment mettez-vous cela en pratique ?

D. V. : « Nous nous démenons pour bénéficier d’intervenants qui sont des pointures dans leur domaine. Pour les relations avec les investisseurs par exemple, notre intervenant est lui-même un investisseur de capital à risque. Il aide les participants à mettre dans la peau d’un investisseur pour comprendre ce qui compte vraiment à ses yeux. »

Frank Maene : « Beaucoup d’entreprises approchent les investisseurs en leur adressant une plaquette à propos de leurs produits, mais les investisseurs s’intéressent tout autant à l’équipe, à sa connaissance du marché, aux besoins que le produit doit rencontrer, à la manière dont l’équipe compte dépenser le capital qu’on lui confie, etc. Il faut aussi pouvoir refuser : tout investisseur n’est pas automatiquement bon pour une startup en phase de croissance. »

 

À quel profil ce programme s’adresse-t-il ?

D. V. : « Dans la mesure où il n’exige pas une présence quotidienne des participants, Reaktor n’est pas un accélérateur. Pour bénéficier de ce programme, les entreprises doivent déjà avoir investi de 50 000 à 250 000 euros, disposer d’une équipe - même limitée - et réaliser des ventes. Dans cette phase, les entrepreneurs ont davantage besoin de travailler sur leur business model plutôt qu’écouter des conseils. En pratique, nous organisons une session d’une journée par semaine sur une thématique précise, sur le site de Co.Station à Charleroi. C’est un lieu idéal : son écosystème est en pleine recomposition, avec un dynamisme extraordinaire tant au niveau des grandes entreprises que des jeunes pousses. »

 

Peut-on citer d’autres avantages du programme ?

D. V. : « Reaktor donne non seulement accès à l’expertise nécessaire, mais aussi à un réseau de 25 partenaires dont 15 financiers. Ce sont des contacts à long terme que les startups peuvent activer au moment opportun. Nous permettons aux entreprises de rencontrer les investisseurs qui leur correspondent le mieux compte tenu de l’avancement de leur projet et de leur secteur d’activité. L’an dernier, nous avons organisé un « investor day », lors duquel les startups pouvaient venir se présenter devant un panel d’investisseurs et d’influenceurs. Cette année, nous avons décidé, en plus, de les suivre sur la durée, après le programme Reaktor, pour leur proposer des solutions sur mesure. »