Cette phase naturelle de l’évolution économique d’une entreprise a toujours existé. Mais aujourd’hui, le marché des fusions et acquisitions est plus prospère que jamais. Le récent baromètre M&A (Mergers & Acquisitions) révèle même que la demande dépasse l’offre, et que le pic est loin d’être atteint. Cette tendance est stimulée par un accès facile et peu onéreux au financement et par l’augmentation des moyens disponibles auprès des sociétés d’investissement. De plus, l’argent est relativement bon marché en raison de la persistance des taux bas, et cela stimule l’intérêt des fonds familiaux, des individus fortunés et des sociétés d’investissement étrangères pour les moyennes entreprises belges.

Le vieillissement de la population

Par ailleurs, après la lourde crise financière, la solvabilité et la rentabilité de nombreuses PME se rétablissent et elles sont prêtes à affecter leur trésor de guerre à de nouveaux investissements. L’addition de tous ces facteurs explique la progression positive du marché des reprises, tant du côté des acheteurs que de celui des vendeurs.

Un facteur moins monétaire, mais non négligeable, est le vieillissement de la population. Et donc aussi celui de nos chefs d’entreprise. Avec comme conséquence logique que la question de la cession ou de la reprise se pose de manière plus urgente. De moins en moins de chefs d’entreprise veulent (ou peuvent) contraindre leurs enfants à leur succéder. Ils se tournent donc en dehors du cercle familial. La Belgique étant par excellence un pays de PME reposant sur la force des entreprises familiales, nous pouvons nous attendre à une vague importante de reprises au cours de la prochaine décennie.

Un moment stratégique

Une fusion ou acquisition est un moment stratégique important qui offre de nombreuses opportunités aux entreprises, en dehors de la continuité. C’est une stratégie fréquente pour réaliser une expansion géographique, développer de nouvelles activités commerciales, acquérir de nouvelles technologies, créer de meilleures conditions d’achat, élargir la clientèle, s’armer contre les concurrents ou simplement les reprendre. Pour leur part, les fonds d’investissement misent surtout sur l’augmentation des revenus et des bénéfices (buy-and-build).

Dans mon groupe, Sioen Industries, les reprises sont aussi (parfois) une voie rapide vers la croissance. Ainsi, nous avons repris récemment la firme allemande Dimension-Polyant, leader du marché dans la production de voiles avancées. Notre plus grosse reprise depuis notre entrée en bourse en 1996. Après le remboursement de notre emprunt obligataire, nous avions de la marge pour envisager des reprises. Soyons clairs : les reprises ne sont pas le seul moyen de réaliser la croissance. Nous recherchons en parallèle une croissance organique. Il importe de trouver – et de maintenir - constamment un équilibre sain entre la capacité financière propre et l’acception du risque, d’une part, et le climat conjoncturel, d’autre part.

Rester prudent

Un bon conseil ? Restez sur vos gardes ! Les transactions dans un marché M&A qui culmine sont généralement moins rentables. Elles sont souvent motivées par la témérité et l’instinct grégaire. De plus, on peut se demander si cette tendance se poursuivra. La persistance des taux négatifs et la réforme imminente de l’impôt des sociétés belges peuvent avoir un impact important sur les ratios de valorisation et la structure de financement de nombreuses entreprises. À cela s’ajoute l’incertitude croissante concernant la réglementation et la législation fiscale. Il est donc préférable de ne pas être téméraire.